Jeune garçon donnant de l'avoine
Jeune garçon donnant l'avoine
dans une musette à un gros cheval dételé,
1823, lithographie 41,7 x 33,1 cm.
Figure rare dans l'art français, Théodore Géricault (1791-1824) annonce les grandes avancées de la modernité.

Il s'attaque à des sujets d’actualité, milite pour de nobles causes, telle l'abolition de l'esclavage, traite de thèmes durs, où la souffrance et la mort sont omniprésentes : fragments de cadavres, exécutions capitales ou portraits de fous. Son œuvre fulgurante, puisqu'elle se déroule sur moins de quinze années, ouvre ainsi les portes du XIXe siècle à un réalisme du quotidien que d'autres grands artistes sauront poursuivre.

L’École nationale supérieure des Beaux-Arts détient un exceptionnel ensemble de dessins et d'estampes de Géricault qu'il était important de rassembler quelques années après l’importante rétrospective du Grand Palais en 1991-1992. On y découvre un artiste bien loin des stéréotypes auxquels il est souvent associé, celui de " peintre de chevaux " par exemple, qui, en dépit d'une réelle excellence à traiter ce thème, ne saurait résumer toute son œuvre. Géricault n'est donc ni l'auteur d'un seul tableau célèbre, le Radeau de la Méduse, ni le peintre d'un sujet unique. Il est au contraire un artiste extraordinairement prolifique, en dépit de la brièveté de sa carrière, audacieux par le choix de ses thèmes comme par le traitement, riche et multiple, Dessins et estampes, qui constituent cet ensemble partiellement inédit, ne sauraient représenter un aspect mineur de son travail. C'est même là où, à côté des grandes œuvres achevées, se font jour sans doute l'expérimentation et l’inventivité les plus extrêmes. " On oublie trop, écrit Régis Michel en préface de la rétrospective du Grand Palais, que le dessinateur fut, par l'infinie variété de ses registres, qui alternent toutes les techniques, de l'ellipse du contour à la chimie picturale, où se fondent chromatiquement le lavis, l'aquarelle et les accents de la gouache, sans rival dans le siècle pour la puissance expressive. " Quant à la lithographie, alors à peine naissante, Géricault en fut un incontestable pionnier et sut en exploiter tout le potentiel, comme dans la suite anglaise qui privilégie les scènes de rue et les bas-fonds londoniens.qu'il leur imprime.

La collection de l’École des Beaux-Arts avait traditionnellement pour objet de former les élèves au contact des maîtres qui les avaient précédés et qui leur servaient de modèles. Si une telle conception n'est plus strictement de mise, la confrontation que permet la réunion de tels ensembles avec la création d'aujourd'hui reste un défi passionnant. Tel est aussi l'enjeu de cette exposition qui associe, à la présentation exhaustive d'un fonds patrimonial de premier ordre, les expériences et les propositions des élèves de l’école et de quelques-uns de leurs professeurs pour exprimer de manière active l’actualité de Géricault.

Alfred Pacquement
Directeur de l’Ensba

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