Cette exposition et le livre qui l'accompagne ont pour objet de montrer l'apparition de formes particulières de relation que tissent certains artistes entre eux. La nature des liens, des échanges, des réseaux, paraît en effet significative de nouvelles attitudes, de nouveaux enjeux pour la création. Pour mettre ce phénomène en évidence, l'exposition que présente l'Ensb-a obéit à un processus d'élaboration inhabituel qui permet de présenter des artistes, justement situés au croisement de plusieurs réseaux et particulièrement engagés dans la construction de nouvelles formes d'expression.
La méthode
L'exposition se construit d'elle-même
en dehors de la subjectivité de choix qui caractérise
habituellement la fonction du commissaire. A partir d'une liste
fournie par un premier artiste, Fabrice Hybert, dont le choix est
dicté par son habitude à travailler volontiers en liaison avec
d'autres artistes dans le monde, sont interrogés tous les
artistes mentionnés pour, qu'à leur tour, ils énoncent les
noms de leurs collègues avec lesquels ils maintiennent une
relation suivie, amicale ou intellectuelle. Les artistes cités
deux fois au moins sont interrogés à leur tour. In fine,
une liste d'artistes, tous significatifs de ce fonctionnement en
réseau, tous liés entre eux, au moins par personne interposée,
dessinent la cartographie internationale d'un réseau
implicite (cf. annexe).
Les significations
Il n'est déjà plus original de souligner la mutation de la notion d'identité qui aujourd'hui correspond moins à l'appartenance à un groupe de valeurs, nationale ou idéologique par exemple qu'à des habitudes de connexions. "Avec qui es-tu connecté ?" paraissant aujourd'hui plus explicite d'un lien ou d'identité que "A quel groupe ou pays ou religion appartiens-tu ?". Ainsi, les mouvements autrefois fondés sur une idéologie politique ou esthétique partagée ne sont plus de mise, alors que les réseaux qui traversent les anciennes catégories : religion, pays, font apparaître la naissance d'une identité transnationale et transculturelle dynamique qui n'est jamais construite au détriment de la différence. Là encore, la distance avec les mouvements du passé est flagrante quand on se rappelle les excommunications au nom de l'appartenance justement.
L'histoire de l'art a porté son attention taxinomique sur la forme, le style. Ecoles, mouvements en sont l'expression. Le réseau présenté ici, parmi d'autres possibles, montre que l'attention doit être portée sur le processus de l'invention. Les liens entre ces artistes sont d'abord une technique de mise en circulation de l'information. Avant de partager un style, ces acteurs partagent une vitesse qui accélère leur possibilité d'acquisition de connaissances, de connexions, d'imagination, sans qu'aucune appropriation ne désapproprie les autres, sans qu'aucune connexion n'appauvrisse ces associations organiques, temporaires, rapides et efficaces.
Réalisée pour une école des Beaux-Arts, cette exposition a lieu là où les premiers liens se forment, où des réseaux, instables, temporaires concourent à identifier les intentions de l'individu. Elle propose donc aux élèves une description d'un système, d'utilisation des flux pour leurs créations. Au fond, elle leur permet de concevoir leur activité dans une cinématique de pensée plutôt que dans une cristallisation des formes.
Les artistes
Christine Borland, Angela Bulloch, Maurizio Cattelan, Aïm Deuelle-Luski, Douglas Gordon, Marie-Ange Guilleminot, David Hammons, Carsten Höller, Fabrice Hybert, Suchan Kinoshita, Paul McCarthy, Jean-Luc Moulène, Honoré d 'O, Gabriel Orozco, Philippe Parreno, Steven Pippin, Jason Rhoades, Andréas Slominski, Lily van der Stokker, Uri Tzaig, Eulàlia Valldosera.
Il était impossible de dire a priori si la méthode choisie allait produire une liste d'artistes de qualité. Or les premiers noms apparus sont caractéristiques des tendances les plus novatrices de l'art international, comme si la qualité de l'oeuvre était liée à son inscription dans le flux des échanges. Les artistes, forcément "dans le coup", puisque connectés, font que cette exposition est probablement plus engagée et révélatrice d'identités fortes, à l'oeuvre dans différents pays, que si un commissaire informé s'était essayé à la composer.
Les auteurs
A l'invitation d'Alfred Pacquement, directeur de l'Ensb-a, cette exposition conçue par Jean de Loisy a été réalisée par Caroline Naphegyi. La présence d'un anthropologue éminent, spécialiste des structures de parenté témoigne du désir de faire de façon inhabituelle, un exercice d'exposition. Le livret qui l'accompagne est composé de plusieurs contributions ; un texte de Pierre Lamaison, anthropologue ; une conversation entre Fabrice Hybert, Hans-Ulrich Obrist et Jean de Loisy ; un entretien avec Nicolas Bourriaud, Eric Troncy, Jean de Loisy et Caroline Naphegyi et un texte de critique d'art de Jean de Loisy.
Le site web
Un site internet, accessible dans les salles et sur le site de l'Ensb-a, accompagnera l'exposition et favorisera la perception des échanges entre artistes. Selon Isabelle Dupuy, coordinatrice du projet, "le site agit comme espace d'échanges détaillant l'étendue des maillages que ces réseaux informels sont susceptibles de générer. Chacun des artistes participant à l'exposition est invité à réaliser une oeuvre, à proposer une sélection de sites artistiques ou la création d'un lieu de débat (forum de discussion)". Les textes édités pour le catalogue, par un anthropologue et un philosophe, sont mis en relation avec les oeuvres, permettant à travers une approche théorique de comprendre les différents rapports de parenté entre artistes et d'exemplifier ces points de vue face aux pratiques artistiques.
Vernissage : lundi 12 mai
1997
Commissaires de l'exposition : Jean de Loisy et Caroline
Naphegyi
Exposition : tous les jours de 13 h à 19 h, sauf le lundi
http://www.ensba.fr
Droits d'entrée : 20 F et
10 F (tarif réduit)
Métro : Saint-Germain-des-Prés
Responsable du service de la
communication et des expositions
Laurence Maynier : Tél. : 01 47 03 50 74, Fax : 01 47 03 50 88
Chargée des expositions : Carole Croënne. Tél. : 01 47 03 50
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Photographies disponibles
Paris, le 30 avril 1997