Duchenne de Boulogne
26 janvier au 4 avril 1999
un grand médecin et un grand photographe

Inventeur d’une "grammaire" et d’une "orthographe" des émotions

La photographie, révélateur des vérités scientifiques

Le souci artistique

L'exposition

Les ovales
L’album personnel Mécanisme de la physionomie humaine et composé de 74 figures photographiques
Les trois têtes d’antiques corrigées
Les Têtes d’expression

catalogue
commissaire

 

 

 

Si Duchenne de Boulogne est connu de ses contemporains pour différents travaux sur la motricité, l’amélioration de certaines paralysies et le recours à l’électrisation, l’intérêt s’est déplacé de nos jours vers son œuvre photographique. Homme de l’art dans tous les sens du terme, Duchenne fut un pionnier de l’utilisation de la photographie en tant que nouveau moyen d’observation, de représentation et de connaissance dans le domaine médical. Duchenne fait autant partie de l’histoire de la clinique que de celle de la photographie.
Duchenne de Boulogne

 

Un grand médecin et un grand photographe
  Construisant une iconographie médicale, au service de la recherche scientifique et de l’enseignement, Duchenne fait aussi œuvre de photographe, de grand photographe du XIXe siècle. Ces différents aspects intéressent au premier chef l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts qui organise la première exposition entièrement consacrée à Duchenne de Boulogne, mettant ainsi fin à un étonnant paradoxe : toujours cité, référence obligatoire, le travail de cet homme reconnu pour son originalité n’a jusqu’ici donné lieu qu’à des aperçus partiels lors de grandes expositions : L’Ame au corps, Nadar. Il était normal que l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts comble cette lacune.
Déjà, dans les années 1870, Mathias Duval, lui-même médecin et professeur d’anatomie à l’Ecole des beaux-arts, utilise pour son enseignement certaines images de Duchenne qui, en signe de reconnaissance, fait don à l’école, en 1875, d’une partie importante de sa collection dont certaines pièces sont de véritables incunables de la photographie médicale.
À travers cette exposition, l’Ecole témoigne de l’ancienneté des liens noués dès le XIXe siècle avec Duchenne qui se sont perpétués à travers l’enseignement de la morphologie. À cet égard, le rôle de Jean-François Debord, enseignant et initiateur de la première exposition des ovales au musée Nicéphore Niepce en 1984, ne saurait trop être souligné.
Duchenne de Boulogne

 

 

Inventeur d’une "grammaire" et d’une "orthographe" des émotions
  L’originalité de Duchenne réside dans l’utilisation de cette nouvelle technique qu’est la photographie, à la fois pour fixer l’expérience scientifique, mais aussi pour servir l’art et la pédagogie.

Duchenne utilise la photographie pour illustrer ses expérimentations. Il électrise les principaux muscles de la face pour redéfinir leur combinaison dans l’expression de la physionomie. Il propose une " orthographe " des émotions où chaque muscle est le signifiant d’une expression ou d’une passion et établit une taxinomie : l’attention, la réflexion, l’agression. Ces expériences sont menées à la Salpétrière dans le service du professeur Charcot. Cet hôpital est un lieu bien connu, au XIXe siècle, pour la production d’images des maladies du système nerveux, musculaires ou mentales.

Duchenne de Boulogne

 

 

La photographie, révélateur des vérités scientifiques
  La démarche de Duchenne est avant tout celle d’un médecin. Il renouvelle la tradition historique physionomiste et physiognomoniste par son analyse électro-physiologique des passions.

La photographie va lui permettre de vérifier, de rendre visible et de faire connaître ses recherches par la publication.

Avec l’aide d’Adrien Tournachon, frère du photographe Nadar, Duchenne s’initie à l’art de la photographie pour répondre à ses exigences scientifiques. Il réalise, entre 1852 et 1856, la plupart des clichés qui accompagnent le livre de 1862 Mécanisme de la physionomie ou analyse électro-physiologique de l’expression des passions. La part de chacun des deux hommes dans cette entreprise reste un sujet d’interrogation.

Duchenne de Boulogne

 

 

 

Le souci artistique
  Dans cet ouvrage, Duchenne s’adresse aux médecins mais aussi aux artistes. En effet, il intitule la deuxième partie de son livre "partie esthétique". Il s’inquiète des légères déformations et flous liés à la difficulté de saisir la contraction du muscle par manque de profondeur de champ. Il s’intéresse à la lumière qui permet un meilleur rendu.

Le physiologiste s’allie à l’artiste quand il établit des correspondances entre lumière et étonnement ou obscurité et agression. À chaque passion correspond un muscle et une certaine intensité lumineuse : le clair obscur à la Rembrandt convient aux passions sombres, l’agression, la méchanceté, la souffrance... L’étonnement, la gaité sont au contraire rendus par une lumière très vive. Il se sert aussi de références littéraires pour expliquer certaines de ses figures : Lady Macbeth, Religieuse prononçant ses vœux.

Duchenne de Boulogne

 

L’exposition
  La plupart des œuvres de Duchenne proviennent du fonds des collections de l’Ecole des beaux-arts (département de morphologie). L’exposition présente par ailleurs des peintures et des sculptures du concours de la Tête d’expression.
Les ovales:
  Les 54 photographies ovales qui seront présentées ensemble sont "grandes comme à peu près nature" car elles sont destinées "surtout pour l’enseignement".
Photographies saisissantes, agrandies, vernies, marouflées, montées sur châssis, comportant parfois un cache qui permet l’observation de la moitié de la face lors de la contraction. On y reconnaît l’attention, la réflexion, l’agression, la frayeur, l’effroi, la joie, la lascivité. L’impression d’instantanéité de ces figures grimaçantes ou attendrissantes, le léger flou de certaines, tout contribue à créer une impression saisissante.
L’album personnel Mécanisme de la physionomie humaine et composé de 74 figures photographiques :
  Cet album inédit, véritable incunable de la photographie, renferme en fait 56 photographies de formats et de techniques différents. Les épreuves rectangulaires, où le patient pose en buste, sont composées comme de véritables tableaux photographiques. Les personnages habillés sont mis en scène par Duchenne qui apparaît parfois sur les images seul ou aidé par un de ses assistants. Certaines de ces admirables photographies sont signées "Nadarjeune".
Des planches du petit Atlas électro-physiologie photographique qui accompagnait la première édition des Mécanismes de 1862. Les 9 planches insérées à la fin de la deuxième édition de 1876 de Mécanisme forment des tableaux synoptiques de 16 images chacune.
Les trois têtes d’antiques corrigées:
  Duchenne ne se contente pas d’observer, il va jusqu’à corriger les expressions des modèles d’antique en plâtre, suivant les résultats de ses observations scientifiques. Il s’agit du Laocoon, de Niobé et du Rémouleur.
Les Têtes d’expression:
  Le parcours de cette exposition serait incomplet sans la présentation des Têtes d’expression. Le concours des Têtes d’expression est fondé par Caylus en 1760 pour l’école. Il consiste à dessiner, peindre et sculpter "une tête d’après nature de grandeur naturelle" exprimant une passion. La confrontation entre l’art académique enseigné et pratiqué à l’école et l’irruption de la photographie et de son iconographie qui parfois utilise les mêmes thèmes, peut être passionnante.
Outre l’exposition du fonds photographique des collections sur Duchenne de Boulogne, un projet pédagogique est lancé dans divers ateliers de l’école avec pour thème Le visage et l’expression.
Le catalogue
  Les chapitres aborderont l’histoire de la photographie et l’histoire de l’électricité appliquées toutes deux à la recherche médicale, de même que l’apport de Duchenne à l’actualité de la médecine, la tradition des émotions, en peinture et en sculpture, et la découverte du contexte historique des recherches de Duchenne de Boulogne ainsi que, bien entendu, l’enseignement de la morphologie à l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts.

Commissaire: Catherine Mathon.

 

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