Le dessin en France au XVIIe siècle dans les collections de l'Ecole des Beaux-Arts

Une exposition proposée par Emmanuelle Brugerolles
Du 12/01/2001 au 31/03/2001

Vernissage le 11/01/2001

[Communiqué de presse]
[Les artistes]
[Biographie des artistes]
[Exposition]
[Commissaire de l'exposition]
[Catalogue]
[Informations pratiques]

 

Communiqué de presse

LE DESSIN EN FRANCE DU XVIIe SIECLE DANS LES COLLECTIONS DE L'ECOLE DES BEAUX-ARTS

Cette exposition dévoile une partie des fonds provenant de l’Académie Royale et des donations de collectionneurs conservés par l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts.
Une centaine de dessins présentés - parmi lesquels une trentaine de chefs-d’œuvres, notamment de Nicolas Poussin, Le Lorrain, Le Brun – ont été sélectionnés par Emmanuelle Brugerolles, conservateur des dessins à l’Ensba et commissaire de l’exposition. La scénographie a été confiée à l’architecte Antoine Stinco.

Du dessin du XVIIe siècle …

L'ensemble des dessins français du XVIIe, cohérent et diversifié, offre une grande variété de sujets - religion, allégorie, portraits, paysages - et de projets liés aux activités artistiques de l'époque : décors peints, tableaux, tapisseries, décors de fêtes, etc.

… au dessin contemporain

Cette exposition patrimoniale, à l'instar de "Géricault, dessins et estampes dans les collections de l'Ecole des Beaux-Arts" en 1997 ou des photographies de "Duchenne de Boulogne" en 1999, s'accompagne elle aussi d'une exposition parallèle sur le dessin contemporain, fruit d'un projet pédagogique mené sous l'égide de François Bouillon, artiste-enseignant à l'école, chargé de la coordination de l'enseignement du dessin.

Après Paris, Genève puis New York

L'exposition patrimoniale sera accueillie au Musée d'art et d'histoire de Genève, à l'automne 2001, puis à la Frick Collection de New York, à l'automne 2002.
L'étape parisienne bénéficie du soutien des Sociétés Christie's, Arjo Wiggins, Dauphin Affichage, Ratp et Picto.


LES DESSINS FRANCAIS DE L'EXPOSITION

Les premiers artistes français en Italie

Louis Brandin (1575-1635)
"Jonas sortant de la baleine"
52 x 62 cm

Jean Boucher (1575-1633)
"Nymphe et satyre"
52 x 62 cm

Guy François (1578-1650)
"Vierge à l'Enfant"
Etude pour la Vierge à l'Enfant
conservée dans la cathédrale du Puy
62 x 52 cm

Simon Vouet (1590-1649)
"Portrait d'homme"
Période italienne de l'artiste
62 x 52 cm

Simon Vouet (1590-1649)
"Tête d’homme"
Période italienne de l'artiste
62 x 52 cm

Claude Vignon (1593-1670)
"Scène de martyre"
62 x 52 cm

Claude Mellan (1598-1688)
"Portrait de Jérôme Frescobaldi"
62 x 52 cm

Activité artistique en France, première moitié du XVIIe siècle

Etienne Martellange (1569-1641)
Quatre dessins
62 x 52 cm ; 62 x 52 cm ; 79 x 62 cm et
1,50 x 0,90 cm

Simon Vouet (1590-1649)
"Rébecca au puits rencontrant le serviteur d'Abraham"
52 x 62 cm

Simon Vouet (1590-1649)
"Femme vue à mi-corps"
Etude pour une des compagnes de la fille du pharaon dans la Découverte de Moïse, tapisserie faisant partie de la tenture de l'Ancien Testament
62 x 52 cm

Simon Vouet (1590-1649)
"Femme drapée vue en pied, inclinée vers la gauche"
62 x 52 cm

Simon Vouet (1590-1649)
"Homme debout à demi-nu"
62 x 52 cm

Atelier de Vouet
"Le Christ sauveur"
62 x 52 cm

Michel I Corneille (1603-1708)
"Femme drapée debout vue de profil"
62 x 52 cm

Pierre Brebiette (1598-1650)
"Apollon entouré des muses"
52 x 62 cm

Jean de Saint-Igny (1596/1600 – 1649)
"L'Odorat"
Une des études pour les cinq sens
62 x 52 cm

Jean de Saint-Igny (1596/1600 – 1649)
"Alphé et Aréthuse"
52 x 62 cm

Nicolas Poussin (1594-1664)

Nicolas Poussin
"Jupiter et Antiope"
Dessin exécuté vers 1627-1630
52 x 62 cm

Nicolas Poussin
"Nymphes et amours"
Dessin exécuté vers 1627-1630
52 x 62 cm

Nicolas Poussin
"Soldats en marche d’après la colonne trajane"
62 x 52 cm

Nicolas Poussin
"Instruments de sacrifice antique d'après Béatrizet"
62 x 52 cm

Nicolas Poussin
"Salomé et la tête de saint Jean-Baptiste"
Dessin exécuté vers 1643-1645
52 x 62 cm

Nicolas Poussin
"Scipion et les pirates"
Composition conçue pour le cardinal Barberini vers 1642
52 x 62 cm

Nicolas Poussin
"Le Baptème du Christ"
Etude exécutée vers 1642 pour le Baptème du Christ de la première série des sept sacrements
52 x 62 cm

Nicolas Poussin
"Le Jugement de Salomon"
Etude pour le tableau conservé au Musée du Louvre et daté de 1649
52 x 62 cm

Nicolas Poussin
"Château fortifié sur un rocher"
52 x 62 cm

Nicolas Poussin
"Saint Paul enlevé au ciel par trois anges"
Dessin exécuté en 1649
52 x 62 cm

Attribué à Nicolas Poussin
"Le Ponte Molle"
52 x 62 cm

Nicolas Poussin
"La Communion"
Dessin exécuté vers 1650
52 x 62 cm

Claude Gellée dit Le Lorrain (vers 1604/1605-1682)

Claude Gellée dit Le Lorrain
"Pyramide de Cestius"
Dessin exécuté vers 1630
52 x 62 cm

Claude Gellée dit Le Lorrain
"Crépuscule"
Entre 1630-1635
52 x 62 cm

Claude Gellée dit Le Lorrain
"Arbres à l'orée d'un bois"
Dessin exécuté vers 1635-1640
52 x 62 cm

Claude Gellée dit Le Lorrain
"Paysage avec figures"
Vers 1635-1640
52 x 62 cm

Claude Gellée dit Le Lorrain
"Etude d'arbre"
62 x 52 cm

Claude Gellée dit Le Lorrain
"Etude d'yeuses"
Vers 1655
52 x 62 cm

Claude Gellée dit Le Lorrain
"Débarquement d'Enée"
Dessin préparatoire pour le tableau de la collection de Lord Radnor et daté de 1650
62 x 52 cm

Claude Gellée dit Le Lorrain
"David et Goliath"
Vers 1661
52 x 62 cm

Claude Gellée dit le Lorrain
"La Chasse d'Enée"
Dessin préparatoire pour le tableau conservé à Bruxelles et daté de 1672
52 x 62 cm

Seconde génération d’artistes présents à Rome

Jacques Stella (1596-1657)
"Olympe abandonnée par Birène"
52 x 62 cm

Charles Mellin (1600-1649)
"Présentation au temple"
62 x 52 cm

Charles-Alphonse Dufresnoy (1611-1668)
"Vénus et vulcain"
62 x 52 cm

Charles-Alphonse Dufresnoy (1611-1668)
"Vénus et vulcain"
62 x 52 cm

Nicolas Chaperon (1612-1656)
"Bacchus et Ariane dans l'île de Naxos"
Dessin préparatoire pour un tableau conservé dans une collection privée française exécuté vers 1638-1639
52 x 62 cm

Gaspard Dughet (1615-1675)
"Paysage"
52 x 62 cm

Gaspard Dughet (1615-1675)
"Paysage"
52 x 62 cm

Gaspard Dughet (1615-1675)
"Paysage"
52 x 62 cm

Jacques Courtois (1621-1676)
"Scène de bataille"
52 x 62 cm

Antoine Bouzonnet Stella (1637-1682)
"Le Christ et la Samaritaine"
52 x 62 cm

L’Atticisme parisien

François Perrier (vers 1600-1649)
"Moïse et Aaron faisant tomber la grêle sur l'Egypte"
52 x 62 cm

Sébastien Bourdon (1616-1671)
"Le Christ et les enfants"
Dessin préparatoire pour le tableau du Louvre réalisé vers 1653-1658
52 x 62 cm

Laurent de La Hyre (1606-1656)
"Lapidation de Saint Etienne"
Dessin préparatoire pour une tapisserie destinée à l'église Saint-Etienne-du-Mont, 1648
52 x 62 cm

Laurent de La Hyre (1606-1656)
"Le sacrifice d'Abraham"
Dessin préparatoire pour le tableau de même sujet, conservé au Musée Saint-Remi de Reims et daté de 1650
52 x 62 cm

Laurent de La Hyre (1606-1656)
"L’Apparition du Christ à la Madeleine"
Dessin préparatoire pour le tableau de même sujet conservé au Musée de Grenoble et daté de 1656
52 x 62 cm

Michel Dorigny (1616-1665)
"Bacchanale avec un homme et une femme soutenant un gros vase"
Dessin préparatoire pour une gravure sur le même sujet et datée vers 1630
62 x 52 cm

Michel Dorigny (1616-1665)
"Bacchanale"
62 x 52 cm

Grégoire Huret (1606-1670)
Trois dessins
62 x 52 cm, 79 x 62 cm et 62 x 79 cm

Eustache Lesueur (1616-1655)
"La Muse Erato"
Dessin préparatoire pour un des tableaux décorant le Cabinet des Muses de l'Hôtel Lambert, Paris, 1649-1650
62 x 52 cm

Eustache Lesueur (1616-1655)
"La Muse Terpsichore"
Dessin préparatoire pour un des tableaux décorant le Cabinet des Muses de l'Hôtel Lambert, vers 1649-1650
62 x 52 cm

Eustache Lesueur (1616-1655)
"Homme portant des livres"
62 x 52 cm

Eustache Lesueur (1616-1655)
"Jeune homme tenant un rouleau de papier derrière son dos"
Etude pour Saint Gervais et Saint Protais conduits devant Astasius et refusant de sacrifier aux idoles, conservé au Louvre, 1654
62 x 52 cm

Eustache Lesueur (1616-1655)
"Femme agenouillée"
Première pensée pour la femme agenouillée devant le berceau pour Moïse sauvé des eaux, Betchworth, The Old House, The Trustees of the Goulburn Estates, vers 1650
62 x 52 cm

Eustache Lesueur (1616-1655)
"L'Apparition de l'ange à Saint Joseph"
Dessin préparatoire pour le Songe de Saint Joseph, peint en 1651 par Thomas Goussé pour les Carmélites de la rue Saint-Jacques en 1651
52 x 62 cm

Pierre Antoine Patel (1648-1707)
"Paysage"
52 x 62 cm

Philippe de Champaigne et son atelier

Philippe de Champaigne (1602-1674)
"Louis XIV et Anne d'Autriche"
62 x 52 cm

Philippe de Champaigne (1602-1674)
"Projet de frontispice"
52 x 62 cm

Nicolas de Plattemontagne (1631-1706)
"Deux études de trois têtes"
Etude pour le May de Notre-Dame
52 x 62 cm

Nicolas de Plattemontagne (1631-1706)
"Vue de Vernon"
52 x 62 cm

Jean-Baptiste Champaigne (1631-1681)
"Académie"
79 x 62 cm

Charles Lebrun (1619-1690)

Charles Lebrun
"Figure d'homme"
Etude préparatoire pour le Martyre de Saint Etienne, May de Notre Dame, 1651
62 x 52 cm

Charles Lebrun
"Femme vue à mi-corps"
Dessin préparatoire pour une des figures du plafond de l'Hôtel de la Rivière, aujourd'hui remonté au Musée Carnavalet et peint vers 1653
62 x 52 cm (2 fois)

Charles Lebrun
"Etude pour Cérès"
Etude pour un des médaillons peints aux voussures du Cabinet de l'Hôtel de la Rivière, aujourd'hui remonté au Musée Carnavalet et peint vers 1653
62 x 52 cm

Charles Lebrun
"Projet pour une portière"
Etude pour la Portière dit de Mars, tapisserie réalisée vers 1656-1658
62 x 52 cm

Charles Lebrun
"Etude d'ange, le bras levé"
Etude pour l'une des figures en stuc aux coins du plafond de la chambre du Roi, au Château de Vaux-le-Vicomte et modelée en 1660 par Girardon et Legendre
62 x 52 cm

Charles Lebrun
"Etude pour un masque de Méduse"
Projet pour l’Hôtel Lambert
62 x 79 cm

Charles Lebrun
"Le chancelier Séguier entrant dans la ville de Rouen, les échevins lui apportant les clefs de la ville en 1639"
Etude pour le décor réalisé à l'occasion des pompes funèbres du chancelier Séguier dans l'église des Révérends Pères de l'Oratoire de la rue Saint-Honoré en 1672
62 x 52 cm (deux fois)

Charles Lebrun
"Louis XIV accueillant les nations étrangères"
Projet pour un tableau réalisé par un élève de l'artiste et conservé à Versailles
62 x 52 cm

Charles Lebrun
"Projet de fontaine"
Etude préparatoire sur la série sur les fontaines

Charles Lebrun
"La réception des ambassadeurs siamois par Louis XIV"
Dessin réalisé en 1686, à l'occasion de la venue des ambassadeurs de Siam au château de Versailles
79 x 109 cm

Les collaborateurs de Le Brun

Adam van der Meulen (1632-1690)
"Vue d'une partie de la ville de Douai"
52 x 62 cm

Louis de Licherie (1615-1687)
"Le repos pendant la fuite en Egypte"
52 x 62 cm

Louis de Licherie (1615-1687)
"Harpage remettant Cyrus enfant au bouvier" Mitradatès
62 x 52 cm

Claude II Audran (1639-1684)
"Ange agenouillé"
62 x 52 cm

Michel II Corneille (1642-1708)
"Têtes de femmes et d'hommes"
52 x 62 cm

Michel II Corneille (1642-1708)
"Portrait de Jules Hardouin Mansart"
62 x 52 cm

Gilbert Francart (1627-1692)
"Annonciation"
62 x 52 cm

Georges Focus (1639/40 – 1708)
"Paysage"
52 x 62 cm

Adam Perelle (1640-1695)
"Vue du château de Saint-Cloud"
Dessin préparatoire pour la gravure
62 x 52 cm

Israel Silvestre (1621-1691)
"Vue de la maison de Charles Lebrun"
52 x 62 cm






 

 

Exposition

LE DESSIN EN FRANCE AU XVIIe SIECLE DANS LES COLLECTIONS DE L'ECOLE DES BEAUX-ARTS

Le fonds de dessins français du XVIle siècle de l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts provient - comme l'essentiel des collections de dessins de l'Ecole - à la fois du fonds de l'Académie Royale fondée par Louis XIV en 1648 et de donations faites entre 1869 et 1925 par des collectionneurs, auxquelles est venue s'ajouter en 1987 la donation Mathias Polakovits.
Il ne s'agit pas d'un fonds fortement structuré autour d'un ensemble majeur, mais des traces de l'enseignement de notre institution et de l'addition de collections réunies par des amateurs éclairés, soucieux d'offrir aux étudiants un panorama de l'histoire de l'art "national".
L'Ecole conserve des pièces, majeures et très précieuses, très tôt étudiées par les érudits qui ont servi de base à l'établissement et à la compréhension de l'oeuvre d'un artiste : on pense notamment au Jugement de Salomon de Nicolas Poussin, destiné au tableau sur le même sujet conservé au Musée du Louvre et commandé en 1649 par son ami Pointel ; à la Réception des ambassadeurs siamois par Louis XIV de Charles Le Brun réalisé à l'occasion de la venue des ambassadeurs de Siam en 1686 au château de Versailles ou encore à L'Odorat de Jean de Saint lgny, une des célèbres études de l'artiste pour les cinq sens.

- Un ensemble italianisant

Les artistes français qui séjournèrent en Italie sont particulièrement bien représentés dans la collection : Claude Mellan avec le Portrait de Frescobaldi, organiste à Saint-Pierre de Rome ; Jacques Stella avec Olympe abandonnée par Birène, dessin exécuté au cours des dernières années de l'artiste à Rome et très influencé par les recherches luministes des caravagesques ; Guy François avec la Vierge à l'enfant, dont l'œuvre a souvent été confondue avec celle de Saraceni ; Simon Vouet avec deux portraits dont les mises en page sont proches de celles adoptées par Le Bernin au même moment.
Ce sont cependant Claude Gellée dit Le Lorrain et Nicolas Poussin qui occupent une place de choix dans cet ensemble italianisant, puisque l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts conserve neuf dessins du Lorrain, certains très achevés et destinés à des tableaux, comme le Débarquement d'Enée ou La Chasse d'Enée, d'autres d'après nature, révélant par leur schématisme la conception novatrice de cet artiste pour le paysage. Quant aux onze dessins de Nicolas Poussin, ils se situent à des périodes différentes de son activité : Jupiter et Antiope et Nymphes et amours réalisés dans les années 1630 lorsque l'artiste subit l'influence du Titien, les études d'après l'antique légèrement plus tardives et révélatrices de l'importance qu'accorde l'artiste au modèle et au relevé d'après l'antique et enfin les œuvres de la maturité comme le Jugement de Salomon de 1649 ou Le Baptême du Christ lié aux séries des sept sacrements.

- Les décors parisiens : La Hyre, Le Sueur, Le Brun

Le retour de Simon Vouet d'Italie, en 1627, marque en France le début des grands décors parisiens auxquels ses collaborateurs ou ses élèves participent : on pense bien sûr à Michel Dorigny, Charles Pöerson ou encore Eustache Le Sueur, qui réalise en 1649-1650 le Cabinet des Muses à l'Hôtel Lambert, pour lequel l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts conserve deux études : La muse Erato et La muse Terpsichore.
Quant au siècle de Louis XIV, il est illustré par les principaux chefs de file de cette époque : Charles Le Brun, surintendant des arts et directeur des chantiers royaux, figure avec dix dessins qui dévoilent la richesse de ses activités : décor peint, tableau, tapisserie, objet, sculpture ou encore gravure ; Adam van der Meulen qui accompagna le Roi Soleil dans ses campagnes militaires et profita de ces voyages pour dessiner des vues de Douai, Courtray ou encore Besançon ; Hyacinthe Rigaud qui portraitura les grands de l'époque, nobles ou magistrats, comme en témoignent les deux dessins de l'Ecole ; Adam Perelle qui a laissé des vues de tous les châteaux classiques construits durant le règne de Louis XIV. Les feuilles de Michel II Corneille ou de Charles de La Fosse clôturent cette présentation et assurent la transition avec le XVIIIe siècle, en annonçant par leur technique, l'art d'Antoine Watteau.

- Une collection, véritable reflet des activités artistiques de l'époque

L'ensemble des dessins est riche en projets liés à toutes les activités artistiques de l'époque, qu'il s'agisse d'études préparatoires pour des grands décors peints - le plus souvent détruits aujourd'hui - comme ceux de Charles Le Brun, d'Eustache Le Sueur ou de Charles de La Fosse ; d'études pour des tableaux - Jugement de Salomon de Nicolas Poussin, Débarquement d'Enée du Lorrain, le Paysage de Gaspard Dughet, L'Apparition du Christ à la Madeleine de Laurent de La Hyre, Le Christ et les enfants de Sébastien Bourdon, L'Assomption de la Vierge de Charles de La Fosse pour ne citer que les principaux ; des projets pour des tapisseries - Femme vue à mi-corps pour la Découverte de Moïse de Simon Vouet ou la Portière de Mars de Charles Le Brun par exemple ; des projets pour des décors de fêtes ou de cérémonies comme les deux études de Charles Le Brun réalisées à l'occasion des funérailles du chancelier Séguier et enfin de nombreuses études préparatoires pour la gravure de Grégoire Huret, d'Adam Perelle, de Sébastien Leclerc, de Charles Le Brun et de Hyacinthe Rigaud notamment.

Emmanuelle Brugerolles
Conservateur, commissaire de l'exposition


LES COLLECTIONS DE L'ECOLE NATIONALE SUPERIEURE DES BEAUX-ARTS

L'origine des riches collections de l'Ensba remonte à 1648, année de la création par Louis XIV de l'Académie royale de peinture et de sculpture, dont le fonds constitue une des sources essentielles. Lorsque le gouvernement de la Convention décide en 1793 de sa fermeture, l'établissement unique né de la fusion des écoles des anciennes académies, celle de peinture et de sculpture et celle d'architecture, deviendra l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts ; elle hérite à la fois des archives et des inventaires de l'Académie, d'un certain nombre de morceaux de réception gravés, des ouvrages et des dessins, des moulages rassemblés à des fins pédagogiques, des oeuvres primées au concours annuel du Grand Prix de Rome, etc. Un "Musée des Antiques", regroupant toute la collection des plâtres, est d'ailleurs ouvert au public en 1872, dans la cour du Palais des études, suivi quelques années après, par un Musée des moulages de sculptures médiévales et de la Renaissance française et italienne, dans la Chapelle de l'ancien couvent des Petits-Augustins. Le premier fonds de dessins est rattaché à l'enseignement de l'Académie royale et plus particulièrement à l'étude d'après l'antique et d'après le modèle vivant. Les dessins étaient exécutés lors des séances de travail dans les ateliers par les académiciens professeurs qui présidaient ; ils ont été conservés pour leur valeur exemplaire.

- La plus grande collection de dessins après celle du Louvre

A cet héritage s'ajoutent ensuite, progressivement, les donations d'anciens élèves et de collectionneurs. La galerie principale du premier étage du Palais des études était un lieu de charme et de prestige et les amateurs et collectionneurs ne pouvaient qu'être séduits par ce lieu, ouvert aux étudiants de l'école bien entendu, mais aussi à un public d'amateurs et d'érudits. Par ailleurs, en dehors de l'institution de conservation que symbolisait la Bibliothèque, la construction achevée en 1872 de grandes salles d'exposition, du côté du quai Malaquais, a représenté un atout supplémentaire. C'est donc là qu'a lieu, en 1879, un événement marquant dans le domaine du dessin, la première exposition française uniquement composée d'oeuvres graphiques. "Aucune exposition temporaire, consacrée exclusivement au dessin, n'a encore eu lieu à Paris ; la curiosité se portant de préférence vers les oeuvres de la peinture, les organisateurs d'expositions, par une complaisance naturelle pour le goût dominant, ont toujours sacrifié le crayon au pinceau, le dessin au tableau, la pensée intime de l'artiste aux manifestations plus officielles de son talent" (in cat. descriptif des maîtres anciens exposés à l'Ecole des beaux-arts). Cette manifestation eut beaucoup de succès. Le coup d'envoi des expositions de dessins était lancé. Dès lors, il n'est plus étonnant que certains prêteurs, quand ils souhaitèrent faire des legs à une collection publique, se soient tournés tout naturellement vers l'école.

- Ouvrages, estampes, dessins de maître et d'architecture, photographies, manuscrits, peintures et sculptures : plus de 300 000 oeuvres à l'Ensba

L'école possède ainsi un large panorama de l'étude du nu du XVIIe siècle à la première moitié du XXe siècle avec des oeuvres de Le Brun, Mignard, Van Loo et Boucher. Grâce aux donations, la collection est devenue par son importance et sa qualité une des plus belles de France. Aimé-Charles-Horace His de la Salle fut le premier à donner en 1867 une centaine de ses dessins ; il fut suivi en 1883 d'Edouard Gatteaux et de Jean-François Gigoux, en 1891 de Joseph-Michel-Anne Le Soufaché, en 1893 de Auguste-Henri-Edouard de Queux de Saint Hilaire, en 1908 d'Alfred Armand et de Prosper Valton qui cédèrent des oeuvres de Raphaël, Vinci, Titien, Tiepolo, Dürer, Rembrandt, Poussin, Ingres et Géricault.
Deux collections d'importance sont parvenues à l'école au XXe siècle : en 1926, celle de Jean Masson composée d'un fonds important de feuilles italiennes, françaises, mais surtout flamandes, allemandes, hollandaises et en 1987, celle de Mathias Polakovits qui rassemble plus de 3 000 dessins français.
Bien loin d'ignorer ou de négliger l'enseignement et les élèves de l'école, les donateurs ont souvent pris soin de spécifier que les feuilles qu'ils ont rassemblées avec un souci d'éclectisme évident, devaient être mises à la disposition des jeunes artistes, pour qu'ils puissent se former à leur contact. On voit que l'histoire de la constitution de la collection est profondément liée à celle de l'établissement lui-même. La période d'enrichissement la plus importante a été celle où l'Ecole des beaux-arts connaissait son apogée institutionnelle, sinon artistique. Une pédagogie de l'enseignement fondée en partie sur la copie d'après les maîtres anciens, l'ignorance des grands courants de l'art de la fin du XIXe siècle ont progressivement coupé l'institution du mouvement moderne et du milieu vivant des artistes.
En ce qui concerne la valorisation des oeuvres, si les dessins de maîtres ne sont plus exposés de façon permanente dans les salles de la Bibliothèque, les nécessités de la conservation leur ayant fait regagner leurs cartons de protection depuis presqu'un siècle, ils ont toujours fait l'objet, à l'inverse des dessins scolaires, d'expositions et de publications régulières, que ce soit dans les années 30, ou après la seconde guerre mondiale. Traditionnellement organisées dans le cadre strict de l'école, pour le plaisir des étudiants et des amateurs parisiens, ces expositions sont depuis une quinzaine d'années présentées à l'étranger, ce qui permet à un public beaucoup plus large de connaître cet extraordinaire patrimoine de l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts.

Conservateur en chef : Annie Jacques
Conservateur, chargé du fonds de dessins : Emmanuelle Brugerolles



 

Les artistes

 

 

Biographie des artistes

 

 

Commissaire(s) de l'exposition : Emmanuelle Brugerolles

Biographie d'Emmanuelle Brugerolles

Emmanuelle Brugerolles, docteur en histoire de l'art, occupe les fonctions de conservateur au service des collections à l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts, depuis 1978.
Dans ce cadre, elle assure la mise en valeur des collections de dessins par un enseignement, des expositions et des publications régulières. Elle a déjà présenté plusieurs aspects de la collection : "Les dessins nordiques du XVIe siècle" ; "Les dessins vénitiens" ; "Les dessins français du XVIe siècle" et "Géricault, Dessins et estampes des collections de l'Ecole des Beaux-Arts". Elle a participé au projet interatelier sur Géricault, à travers un cours hebdomadaire sur les dessins et les lithographies et de la même façon, a assuré un cours sur le dessin français du XVIIe siècle.



Biographie d'Antoine Stinco

Comme jeune architecte, il suit avec un intérêt particulier les débats qui traversent l'art dans les années 60. Membre du groupe Aérolande, il travaille sur l'idée d'une architecture légère et mobile et plus particulièrement sur les structures gonflables et en toiles tendues. Cette recherche donne lieu à une grande exposition sur les structures gonflables en mars 1968 à l'ARC (Musée d'art moderne de la Ville de Paris). Durant les années 60, il participe à la revue Utopie où écrivent alors Henri Lefebvre et Jean Baudrillard.
De 1974 à 1976, il participe avec le GAU au regain d'intérêt pour l'architecture urbaine en France (lauréat au PAN, lauréat du concours de la place Napoléon à la Roche-sur-Yon, participation au concours du quartier de La Roquette). Il a publié en 1979 La Ville à livre ouvert (édité par la Documentation Française) et ouvre, en 1983, son atelier d'architecture.
En 1991, deux de ses réalisations ont porté sur des sites particulièrement sensibles : la galerie nationale du Jeu de Paume au jardin des Tuileries et, dans un tout autre registre, une école maternelle au centre du vieux Montmartre. Plus récemment, il réalise l'aménagement de l'Ecole du Louvre et de l'aile de Flore, ainsi que les nouvelles architectures du jardin des Tuileries.
Il a réalisé l'Espace d'art moderne et contemporain aux anciens abattoirs de la ville de Toulouse et a été lauréat en avril 97 pour le réaménagement du Musée des beaux-arts d'Angers.
Il a enseigné par ailleurs à l'Ensba de 1993 à 1999 ; sa présence dans le champ sculpture répondant aux préoccupations relatives aux rapports existant entre l'art d'aujourd'hui, l'espace public et la ville.
L'impression que dégage l'ensemble de ses travaux est sans doute une sensibilité à ce qu'il appelle lui-même "l'expérience du lieu", c'est-à-dire une compréhension du site comme source privilégiée d'inspiration, au-delà de tout volontarisme formel.
Antoine Stinco est le scénographe de l'exposition "Le dessin en France au XVIIe siècle dans les collections de l'Ecole des Beaux-Arts". Il est assisté de Nathalie Crinière.


 

 

Catalogue

LE DESSIN EN FRANCE AU XVIIe SIECLE DANS LES COLLECTIONS DE L'ECOLE DES BEAUX-ARTS

Ce catalogue présente un ensemble de dessins du XVIIe siècle, provenant de l’Académie Royale et des donations de collections, conservés par l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris. Il offre une grande variété de sujets - religion, allégorie, portraits, paysages - et de projets liés aux activités artistiques de l’époque. Y sont reproduits des études préparatoires pour décors peints, tels ceux de Charles le Brun, Eustache Le Sueur, Antoine Coypel ; des études pour tableaux de Nicolas Poussin, Le Lorrain, Sébastien Bourdon ou Charles de la Fosse ; des projets pour tapisseries de Simon Vouet ou Charles Le Brun ; des décors de fêtes, feuilles d’ornements et nombreuses études préparatoires pour la gravure…
Chaque dessin est accompagné d’une notice scientifique qui précise son historique, les collections dans lesquelles il a figuré, et qui retrace les grandes étapes de la vie de l’artiste.
De nombreuses reproductions d’œuvres traitant du même sujet ainsi que des citations des textes auxquelles l’artiste se réfère viennent appuyer le propos.

500 pages, format 22 x 30,5 cm,
illustrations couleur et noir et blanc
ISBN : 2-84056-088-7
Prix : 38,11 € / 250 F

 


Informations pratiques

Le dessin en France au XVIIe siècle dans les collections de l'Ecole des Beaux-Arts
Du 12/01/2001 au 31/03/2001

Vernissage le 11/01/2001 à 18h00
Commissaire(s) : Emmanuelle Brugerolles



ouvert tous les jours sauf le lundi, de 13h00 à 19h00

Métro Ligne 4 : Saint-Germain des Prés
Bus : 24 - 27 - 39 - 48 - 63 - 70 - 86 - 87 - 95 - 96