LA BELLA MANIERA
LA COLLECTION D’ESTAMPES MANIERISTES
Une exposition proposée par Emmanuelle Brugerolles et Rainer Michael Mason
Du 22/03/2002 au 05/05/2002

Vernissage le 21/03/2002

[Communiqué de presse]
[Les artistes]
[Biographie des artistes]
[Exposition]
[Commissaire de l'exposition]
[Catalogue]
[Informations pratiques]

 

Communiqué de presse

L’Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris présente pour la première fois en France une sélection de 80 estampes maniéristes de la collection personnelle de Georg Baselitz. Au-delà de la journée d’études Patrimoine et création : un enjeu d’enseignement organisée par l’Ecole, le jeudi 21 mars 2002, cette exposition est aussi l’occasion de présenter quelques unes des plus belles estampes de la donation Jean Masson conservées par l’Ecole et d’engager, dans le même temps, une démarche pédagogique De toute manière auprès des ateliers sur le thème du « maniérisme », une exposition présentée du 12 avril au 5 mai à l’Académie des Beaux-Arts, Salle Comtesse de Caen.

Genèse
Un jeune peintre en séjour à la Villa Romana, à Florence, en 1965, découvre l'art maniériste, ainsi Pontormo à Santa Felicità, mais plus spécifiquement encore, le dessin et surtout, la gravure maniériste. Cette dernière lui paraît divulguer admirablement le projet, le premier jet, le style en cristallisation des artistes qui, en Toscane puis à Fontainebleau, vont réinventer Raphaël, Michel-Ange et l'Antique sur la liberté créatrice et la disponibilité des formes. L'excès même de l'entreprise, dans son mélange d'allégresse et d'inquiétude, d'affirmation d'un souverain bon plaisir, ne pouvait que séduire Georg Baselitz, qui aime les « positions de bravade », comme nous le rappelle Rainer Michael Mason, conservateur du Cabinet des estampes du Musée d’art et d’histoire de Genève, ami de l’artiste.
Le goût que Baselitz développe pour la gravure italienne et maniériste se nourrit à l'évidence du fait qu'il la trouve « combien plus libre, plus inventive que celle de Dürer - ces pingreries de Dürer ! ». « Je n'ai pas d'affinité avec Dürer (...). Je trouve cela ennuyeux ». Dans un autre entretien, à Derneburg en 1984, il avait expliqué à Rainer Michael Mason sa passion en ces termes : « A Florence, j'ai découvert qu'il existait des gravures de gens que j'appréciais beaucoup, comme Pontormo, Rosso et l'Ecole de Fontainebleau. J'ai trouvé leurs estampes sur le marché et je les ai achetées seulement parce que cela était exactement ce qui m'intéressait en peinture. Je ne suis pas devenu pour autant un collectionneur en général, mais par certaines gravures, j'ai pu souligner ma vision et mes théories. Je pense essentiellement aux travaux de l'Ecole de Fontainebleau, car il y régnait une liberté presque révolutionnaire en comparaison de l'Allemagne. Donc une gravure qui se distinguait, du tout au tout, de la gravure de reproduction, qui ne respectait pas cette stratification spatiale, les espaces du tableau, mais qui était plutôt ornementale, sur un mode très peu conventionnel - presque typographiquement ornemental ».

La collection de Georg Baselitz
La fréquentation du corpus graphique maniériste déploiera deux effets sur Baselitz. Il deviendra donc collectionneur d'estampes. Il croit se souvenir avoir acheté tout d'abord Le Sacrifice, eau-forte de Fantuzzi, dans une vente aux enchères chez Ritter, et fait des acquisitions chez Bassenge, à Berlin. Pressé par des raisons financières, il revendra vers 1968 sa première « collection » à Paul Prouté, Paris. Depuis, au fil des ans et au gré des occasions, répondant à des coups de cœur comme à des visées délibérées, Baselitz a réuni un ensemble de gravures maniéristes qui dépasse le nombre retenu (environ 250) pour les deux livres-catalogues publiés en 1994 et 2002. Certaines épreuves sont de qualité exceptionnelle et éblouissante, par exemple le Hercule de Goltzius, clair-obscur à tonalité jardinière provenant de Chatsworth. D'autres pièces matérialisent plutôt l'intérêt de Baselitz pour une écriture ou une thématique, et surtout pour les aléas expérimentaux de l'exécution des plaques et leur tirage aventureux. Graveur de premier plan, Georg Baselitz se comporte en peintre-amateur d'estampes - qui ne cherche en rien à prendre une place dans le « collectionnisme », mais sa collection documente parfaitement l'artiste qu'il est. Si elle ne constitue pas une histoire exhaustive de l'histoire du maniérisme gravé (Parmigianino n'y est par exemple encore que peu présent), elle comporte cependant de vrais groupes (Fantuzzi, Léon Davent, Schiavone, Bellange) et des surprises qui certifient vivacité du goût et indépendance clairvoyante : voyez l'inconnu Maître CpP [?: Giavonni Pietro Possenti], dont la fougue graphique se noue et se délie dans l'espace turbulent.

Le clair-obscur
L'autre effet de l'entrée en maniérisme à Florence ne se lit pas directement dans le style et le contenu de l'œuvre du peintre-graveur Baselitz, même si telle charge d'énergie picturale, telle outrance formelle, la déformation expressive et jusqu'au renversement de l'image, distinctif depuis 1969 de son art peuvent passer pour traits maniéristes. C'est davantage le vieux métier graphique du clair-obscur, la restitution xylographique de dessins en plusieurs couleurs brevetée en 1518 par Ugo da Carpi à Venise, que Baselitz réactualise en 1966 dans son Großer Kopf (Grande tête), qui peut se regarder comme une réaction oblique à ses découvertes florentines stimulant sa curiosité, sa singularité et son quant-à-soi.
Voici ce que Baselitz disait, toujours à Rainer Michael Mason, de ses clairs-obscurs au cours de deux rencontres en 1984 : « Les clairs-obscurs que j'ai faits représentent plutôt un retrait au sein de mon travail, pour des raisons de positions, de stratégie. La gravure en clair-obscur, au moment où je l'ai pratiquée, était quelque chose d'extrêmement marginal. C'était un anachronisme. Et j'ai été le seul à produire de telles planches. C'était en fait quelque chose que l'on ne faisait pas, qui n'allait pas, qui était impossible. J'ai occupé ainsi une position de bravade. Il ne s'agissait pas d'une comparaison sérieuse avec les clairs-obscurs historiques, du XVIe siècle (…). En 1991, l’artiste confie « Quand j'ai fait des clairs-obscurs, en 1966, je crois (...), l'idée était plutôt de restituer quelque chose de perdu, que l'on n'a plus, dans la gravure en général, un peu comme ces vieilles traditions de la xylographie qui se sont progressivement éteintes au début du XIXe siècle, qui disparurent et qui furent reprises selon moi par la gravure sur bois debout ou par la gravure de reproduction. Il s'agis-sait de récupérer quelque chose à travers l'expérimentation. Donc pas par une expérience qui détruise ou modifie, mais qui cherche à regagner, à restituer quelque chose. Ce fut là l'origine de mes clairs-obscurs, en 1966 ».


 

 

Exposition

LA CIRCULATION DE LA COLLECTION BASELITZ

- Genève, Cabinet des estampes
La Bella Maniera · Pièces maîtresses de la gravure maniériste | 1520-1640
Collection du peintre Georg Baselitz
du 9 juin au 11 septembre 1994

- Rotterdam, Museum Boijmans van Beuningen
Mannerist Prints from the Georg Baselitz Collection
du 18 août au 20 octobre 1996

- Dessau, Museum Schloss Mosigkau
La Bella Maniera · Meisterwerke Manieristischer Graphik | 1520-1640
Sammlung Georg Baselitz
du 15 février au 31 mars 1997

- Pittsburgh, Carnegie Museum of Art
La Bella Maniera · Mannerist prints from the collection of Georg Baselitz
du 27 juin au 13 septembre 1998


- Genève, Musée d'art et d'histoire (une exposition du Cabinet des estampes)
Le Beau Style | 1520-1610 | Autres gravures maniéristes de la collection Georg Baselitz
du 22 juin au 22 octobre 2000


 

Les artistes

 

 

Biographie des artistes

 

 

Commissaire(s) de l'exposition : Emmanuelle Brugerolles et Rainer Michael Mason

Emmanuelle Brugerolles, docteur en histoire de l'art, occupe les fonctions de conservateur du patrimoine au service des collections à l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts, depuis 1978.

Dans ce cadre, elle assure la mise en valeur des collections de dessins par un enseignement, des expositions et des publications régulières. Elle a déjà présenté plusieurs aspects de la collection : Les dessins nordiques du XVIe siècle ; Les dessins vénitiens ; Les dessins français du XVIe siècle ; Géricault, Dessins et estampes des collections de l’Ecole des Beaux-Arts ; Les dessins français du XVIIe siècle dans les collections de l’Ecole des beaux-arts. Elle a participé aux différents projets inter ateliers sur Géricault, sur le dessin contemporain… et tout récemment sur le maniérisme.
Elle dispense dans ce cadre un cours hebdomadaire d’histoire de l’art à partir des collections de l’Ecole.

Elle assure parallèlement un enseignement à l’Ecole du Louvre et à l’université de Paris IV - Sorbonne.



Rainer Michael Mason, né en 1943 à Hambourg, de nationalité allemande, vit depuis 1944 à Genève. Il est historien de l’art (Université de Genève) et conservateur de musée. Après des activités d’enseignement, d’édition (La Revue de Belles-Lettres) et de critique d’art (La Tribune de Genève), il entre en 1971 au Cabinet des estampes du Musée d’art et d’histoire de Genève, qu’il dirige depuis 1979.

Il a réalisé, tant à Genève qu’en Suisse et à l’étranger (Allemagne, Belgique, Espagne, France), de nombreuses expositions et publications dans les divers champs de la gravure ancienne (Giuseppe Zocchi, postérité de Raphaël, Venise au XVIIIe siècle, Giambattista Piranesi, Jacques Bellange, les Tiepolo, le maniérisme) ; de l’art moderne et contemporain : avant-gardes russe et hongroise des années 1910 et 1920 (estampe et livre d’artiste), Georg Baselitz (estampe, gravure monumentale), César (sculpture), Giorgio de Chirico (œuvre imprimé), Franz Gertsch (gravure monumentale), Roman Opalka (peinture), Antonio Saura (œuvre imprimé, peinture), Pierre Tal Coat (gravure), Jean Tinguely (dessin et gravure), Bram van Velde (lithographie, peinture), Andy Warhol (peinture et dessin) ; de l’estampe au XIXe siècle et des techniques graphiques (Le cliché-verre Corot et la gravure diaphane, 1982 ; Pygmalion photographe La sculpture devant la caméra, 1985 ; vrai DALI | fausse GRAVURE, 1992).

Il a rédigé une douzaine de catalogues raisonnés d’œuvres gravés et/ou lithographiés : Geneviève Asse, Stéphane Brunner, Gianfrancesco Costa (1711-1772), Martin Disler (avec Juliane Willi-Cosandier), Jean Fautrier, Franz Gertsch, Urs Lüthi, Henri Michaux (avec Christophe Cherix), Robert Müller, Henri Presset, Markus Raetz (avec Juliane Willi-Cosandier), Kurt Seligmann, Bram van Velde (avec Jacques Putman). Il a réédité ou édité les catalogues raisonnés des estampes de Fantin-Latour (par Germain Hédiard, 1980) et de Jean-Jacques de Boissieu (par Marie-Félicie Perez, 1995).

Il prépare avec Catherine Putman, le catalogue raisonné des peintures de Bram van Velde, dont il a organisé la rétrospective du centenaire (Genève 1996, Musée Rath). Il est chargé du catalogue général de l’œuvre de Henri Michaux et travaille au catalogue raisonné de l’œuvre imprimé de Hans Hartung.

Il est l’un des trois fondateurs en 1973 de l’Association pour un musée d’art moderne, Genève, lequel s’est ouvert en 1994 (Mamco). Il est membre de l’Ateneo veneto, à Venise, du Kuratorium der Graphischen Sammlung ETH, du Conseil de la Fondation de l’Exposition nationale suisse, Zurich 1930, pour l’art et la recherche scientifique, à Zurich, de l’International Advisory Commitee of Keepers of Public Collections of Graphic Art et préside le comité scientifique du Museo cantonale d’arte, à Lugano. Il est depuis 1991 chargé de mission pour la gravure contemporaine à la Chalcographie du Musée du Louvre et fit partie, de 1966 à 1999, du Comité d’acquisition du Musée national d’art moderne, Centre Georges Pompidou, à Paris.

 

 

Catalogue

Le catalogue La Bella Maniera, la collection d’estampes maniéristes de Georg Baselitz comporte un texte d’introduction de l’artiste collectionneur lui-même ; une présentation de sa collection ainsi qu’une définition du maniérisme par Rainer Michael Mason.

L’ensemble des 80 estampes présentées dans l’exposition y est reproduit avec une brève présentation de l’Ecole de Fontainebleau, de Jacques Bellange ainsi que la définition du clair-obscur par Georg Baselitz.

Dans une seconde partie, Emmanuelle Brugerolles donne un aperçu de la technique de la gravure en clair-obscur et présente la collection de xylographies données par Jean Masson en 1925 à l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts. Celles-ci y sont toutes reproduites, accompagnées de courts commentaires.

Format : 16,5 x 22,5 cm
140 pages avec 63 reproductions N&B et 34 bichromies
Prix de vente au public : à préciser

 


Informations pratiques

LA BELLA MANIERA
Du 22/03/2002 au 05/05/2002

Vernissage le 21/03/2002 à 18h00
Commissaire(s) : Emmanuelle Brugerolles et Rainer Michael Mason

Chapelle des Petits Augustins, 14 rue Bonaparte, Paris 6e

ouvert tous les jours sauf le lundi, de 13h00 à 19h00

Métro Ligne 4 : Saint-Germain des Prés
Bus : 24 - 27 - 39 - 48 - 63 - 70 - 86 - 87 - 95 - 96